Historique

Début 2011, déjà : lettre ouverte des enseignants


Madame,
Lors de la réunion de rentrée tenue le 26/09/2011, vous avez rappelé votre
ambition pour l’École et mis en avant un certain nombre de valeurs : écoute,
partage, qualité de la pédagogie. Vous avez aussi insisté sur la nécessité
de placer l’étudiant au centre des préoccupations de chacun. Permettez-nous,
alors, au nom de ces mêmes valeurs et principes de faire quelques remarques
précises, étayées sur une réalité que vous ne sauriez ignorer, puisqu’elles
sont liées à certaines de vos décisions.
1) Vous avez pris ou cautionné, en fin d’année, des décisions injustes,
arbitraires (non fondées sur une évaluation sérieuse et digne de foi de la
qualité du travail pédagogique, ni sur des orientations générales) en
tentant de ne pas reconduire certains contrats, en demandant un départ, ou
encore en réduisant des heures de vacations de certains collègues.
Dans la mesure où ces décisions ne peuvent être considérées comme légitimes,
elles apparaissent comme relevant de règlements de compte entre un
coordinateur et un enseignant ou d’une volonté d’étouffer toute voix
singulière ou discordante, ce qui est évidemment contraire aux principes
élémentaires de la démocratie et à la volonté de vivifier la réflexion
collective. Nous vous rappelons qu’un coordinateur élu n’a pas vocation à
porter des jugements personnels sur un travail non évalué.
2) Le climat de confiance dont chacun a besoin pour s’épanouir et donner le
meilleur de lui-même n’est pas compatible avec ce que nous savons être le
résultat de cette politique faisant peser une menace permanente sur nos
collègues. Sachez qu’aujourd’hui, nombre d’enseignants remarquables et
remarquablement investis dans l’École craignent de parler au risque de
déplaire. A fortiori s’ils sont vacataires,
renouvelés ou pas d’une année sur l’autre, ou en cours de renouvellement de
contrat. Il suffirait que vous puissiez entendre ce qui se dit réellement à
ce sujet pour être alertée.
Sachez aussi, que ce désarroi enseignant croise celui des élèves, des
personnels techniques et administratifs, qui vivent aussi avec difficultés
et parfois souffrances, les conditions de travail qu’ils subissent.
3) Il serait important de publier enfin l’audit (réclamé depuis plusieurs
années) de la situation pédagogique et matérielle de l’école : taux
d’encadrement des élèves, secteur par secteur, depuis les dix dernières
années, nombre de contractuels, devacataires, de mètres carré, montant des
budgets… Ce document permettra de rétablir l’équité au sein de l’école.
4) Le travail des instances ou des commissions doit être respecté et ne pas
être détourné de sa finalité pour servir de caution dérisoire à des
décisions qui vous sont personnelles.
5) Vous avez enfin évoqué la nécessité de l’écoute ou du dialogue. Permettez
nous de faire remarquer que quelques événements récents nous ont hélas
montré à quel point ce dialogue était difficile et peu spontané. Faut-il un
rapport de force, rencontrer des inspecteurs, écrire au ministre signer des
pétitions, déposer un préavis de grève, pour avoir droit enfin au réexamen
de certaines décisions ?
Si nous revenons sur ces questions à la veille de la rentrée, ce n’est pas
gratuitement ou pour évoquer des faits passés, mais bien parce que nombre de
situations sont encore en suspens. En outre, c’est pour attirer votre
attention sur des questions relatives aux carrières et à la précarisation de
nombre d’enseignants. Nous sommes dans une École d’Art et nous devrions
vivre dans la joie, la passion, la reconnaissance de la diversité. Nous
avons hélas trop souvent le sentiment que vos interlocuteurs dans l’École
qui bénéficient de votre écoute sélective ne sont pas toujours à même de
créer ces conditions indispensables.
Aussi, nous espérons que vous saisirez l’occasion de cette rentrée pour
réexaminer une à une et sans esprit partisan les décisions prises en mai et
juin dernier. Que vous accepterez de rouvrir des questions vives (comme
celle des vacataires). Que les instances représentatives seront entendues,
convoquées dans les formes. Et enfin que le dialogue avec les étudiants (qui
ne se résume pas à l’évaluation !) vous permettra d’entendre ce qu’ils
disent sur la réalité de l’École.
Le Collectif enseignant de l’Ensad. Paris le 29 septembre 2011.

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