Dysfonctionnements

L’excellence rend con


 

Vous avez probablement pu apercevoir cette petite phrase sur des stickers ou sur les trottoirs du quartier de la rue d’Ulm. Il semblerait que la tournure soit le fait de l’exaspération d’étudiants de l’ENS et de l’ENSAD, pour qui « excellence » est ce mot valise qui semble infléchir dans les deux écoles tous les choix des directions.Ce slogan, au-delà d’être plutôt drôle, reflète à notre sens extrêmement bien le délabrement pédagogique qui s’opère dans l’enseignement, en particulier dans notre école des Arts-déco.En effet, depuis l’arrivée de notre nouvelle directrice Geneviève Gallot, qui pour la première fois dans l’histoire de l’école n’est pas issue des métiers de la création, l’ENSAD a subi une politique managériale féroce qui a eu pour conséquence, en plus de pourrir le climat de l’établissement (plaintes répétées du personnel, dépôt de main courante à la gendarmerie, démissions…), d’ériger en principe une gestion de la pédagogie violente, autoritaire (cf. les textes produits par l’ensemble des élus du CER moins un sur le dévoiement des instances démocratiques) et surtout totalement absurde. Et l’exemple le plus caricatural est probablement cette notion « d’excellence ».

 

Ainsi, lorsqu’il s’agit d’évoquer le futur de l’école, nous ne parlons plus de pédagogie mais d’excellence! Une sorte d’objectif flou et lointain derrière lequel nous devrions tous nous ranger, bien sagement, tout en s’auto-congratulant d’être les meilleurs. Mais quel est ce séduisant mirage? Rien n’a jamais été précisé mais il n’y a pas besoin d’être très malin pour déceler derrière ce mot-valise (1) une formidable diversion qui a du mal à cacher l’incompétence totale de notre direction en matière d’enseignement et de création. Aussi, parce qu’il ne s’agit plus que d’excellence (il suffit de relever le nombre de fois que le mot est utilisé dans les communiqués de l’école et les textes officiels depuis l’arrivée de la nouvelle directrice), la pédagogie et l’instance censée être son lieu d’élaboration ont été complètement mis sur la touche, afin que puisse s’exprimer librement une mafia des couloirs, faite de quelques coordonateurs ayant fait serment d’allégeance à notre direction despotique. Mais tout cela sous couvert d’excellence bien sûr.

C’est pourquoi l’ensemble des élus du CER (moins un), en plus de dénoncer cette situation ubuesque, s’inquiète profondément des conséquences pédagogiques désastreuses et de l’enseignement au rabais proposé par l’école depuis quelques années. Et c’est bien pour cela que le slogan initial prend tout son sens : en autoproclamant haut et fort notre supposée excellence et en l’érigeant comme objectif ultime, on a décrété de fait l’obsolescence de la pédagogie et sacrifié l’essence même de notre école : enseigner la création.

 

Donc, oui, l’excellence rend con.

 

1. Un mot-valise est un fourre-tout sémantique qui a d’abord pour but de faire diversion à des manœuvres autoritaires dans notre cas, qui a également très bien été analysé par Eric Hazan dans son livre LQR, la propagande du quotidien et publié aux éditions Raisons d’agir, créées par Pierre Bourdieu.

 


1 réaction • Réagissez à cet article !

  1. ??? C’est une super ecole !