Historique

Aux étudiants, aux enseignants, aux assistants, aux personnels.


Chers tous,

 

il y a plusieurs mois, nous vous avions envoyé un mot qui citait
Jean de la Fontaine:

 

Patience et longueur de temps
Font mieux que haine ni que rage

 

C’est si vrai cette petite histoire du rat et du lion. Et nous allons
sûrement, malgré les tentatives de déstabilisation, les pressions que nous subissons
tant de l’intérieur que de l’extérieur, éprouver cette maxime, car nous tenons
à poursuivre notre mandat avec sérieux et sans compromission. Ce qui suppose de prendre
le temps de produire des informations et des analyses raisonnées, sans céder
aux sirènes de l’action précipitée.

 

Vous nous dites, les uns, les autres, que des informations vous manquent,
que nos interrogations sur les fonctionnements de l’école, nos analyses sur
l’audit de l’Inspection et pour finir notre position et notre méthode
face au comportement, pour le moins choquant, de la direction, mériteraient
d’être mieux connus et vous aideraient.

 

Vous avez raison. Et si nous avons tardé, c’est pour mieux vous répondre.

 

Élus, nous vous devons ces quelques mots qui disent
plus précisément l’état des choses, non pour vous imposer un chemin que vous
pourriez ignorer mais pour vous permettre d’évaluer la situation.
Élus, nous assumons notre rôle. Nous donnons bénévolement notre temps,
notre énergie, à la hauteur de votre confiance.

 

Vous trouverez en fin de courrier l’analyse de l’Audit de fonctionnement
que nous avons remise au Ministère. Vous la trouverez également sur la plateforme
www.ensad.net. Vous pourrez ainsi juger de sa validité et si les préconisations
qu’elle propose sont, comme certains le prétendent, des «pistes intéressantes» ou,
comme nous le pensons, des chausse-trapes.

 

Un léger résumé s’impose.

 

Les dernières élections des représentants au Conseil des études et de la Recherche,
de la Commission Consultative de Recrutement et du Conseil d’Administration,
sont intervenues dans un climat tendu. Les étudiants achevaient leur workshop,
proposition constructive d’une école rêvée. Dans un esprit de même nature,
les enseignants ont largement participé aux élections avec l’espoir que l’école
dans son ensemble trouve un mode de fonctionnement apaisé mais volontaire.
Le renouvellement des instances promettait, par une écoute attentive,
des réflexions sincères, un respect mutuel, et l’indépendance indispensable
des participants, la fin de certaines dérives, ressenties mais non identifiées.
Nous voulions travailler au présent de l’école et à son devenir, dans un esprit
collégial, empreint de la culture de nos métiers: les arts décoratifs.

 

Avions-nous d’autres intentions?

 

Non.

 

Quelqu’un est-il pour la guerre au point que nous ayons besoin des casques bleus
de la conciliation?

 

Nous serions les cavaliers de l’Apocalypse, les révoltés qui prennent plaisir à la discorde
et oublient ce qu’ils sont venus faire à l’école: transmettre ce qu’ils savent, précisément.
N’agitons pas le drapeau de la peur. Pas chez nous. Un peu de dignité. À ce jour,
les cours se tiennent, et déjà, du simple fait de notre position, les pratiques évoluent
dans l’amorce d’une prise de conscience collective.

 

Nous refusons la méthode du consensus obligatoire, et nous ne croyons pas qu’il y ait
de division; des différences oui, qui peuvent exister, comme partout, sous la forme de disputes
saines dans une école. Nul cataclysme annoncé.

 

Vraiment, soyons sérieux et revenons à ce qui nous occupe qui n’est pas de faire
le mauvais jeu des oppositions fabriquées mais de nous intéresser de près au fonctionnement
de l’école, aux enjeux de nos disciplines, bref aux orientations qui nous concernent.

 

Le dialogue est notre seule méthode. (Nous croyons d’ailleurs que c’est parce que
vous nous savez mesurés que vous nous avez fait confiance). Comment en douter lorsque
les élus des deux listes, qui assument leurs différences, s’écoutent, travaillent
ensemble, jusqu’à se trouver aujourd’hui face à une situation qui appelle le dépassement
de ces différences minimes au regard des difficultés rencontrées.

 

Après deux années, appliqués à notre travail d’étudiants et d’enseignants élus,
au service de tous, à la recherche du dialogue loyal, nous nous sommes unis à la rentrée
parce que l’écart entre fonctionnement réel et fonctionnement officiel des instances,
politique savamment entretenue par la direction, nous était devenue inacceptable.

 

En quoi sommes-nous empêchés de travailler? Ouvertement en rien. Nous sommes plutôt
encouragés à produire de la réflexion (exemple: les groupes de travail).
Alors, où est le problème? Justement dans cet écart entre le fonctionnement «officiel»
et le fonctionnement «officieux». Le mépris des instances au profit du couloir.

 

Certaines décisions, dans une école comme la nôtre, appartiennent aux «tracas du quotidien»
et peuvent être réglées sans réunir l’adhésion spécifique et concertée de chacun.
En revanche, l’esprit qui préside à ces décisions, se doit lui d’être connu et partagé.
Ça n’est pas le cas. Et les grandes orientations de l’école, celles qui nous concernent
tous, élus ou non, maintenant et demain, sont décidées à nos dépens.

 

Ce qui se met en place, c’est, d’une part une façon qui contraint et blesse les personnes
(on appelle cela le management), d’autre part une école de la vitrine contre une école
de la pédagogie. Les bénéficiaires de l’opération ne sont pas ceux qui devraient.

 

Serions-nous alors hostiles à une école qui serait visible et appréciée?
Qui pourrait le croire? Nous croyons que l’école est notre avenir si nous considérons
qu’elle n’est pas un lieu de fiction qui précède la vie réelle, mais qu’elle est bien
un modèle de vie. C’est croire en ce modèle qui fait défaut. Nous en sommes loin.
Est-ce Kurosawa qui s’étonnait de recevoir à presque 70 ans une palme ou un lion ou un ours
en disant: je suis un peu écrasé par cette récompense, moi qui suis encore étudiant?

 

Nous tous qui travaillons dans l’école, nous savons que c’est le fait d’essayer,
d’apprendre, de donner forme, seul et avec les autres, avec son âme, ses yeux et ses mains
aux mots de Beckett: essayer encore, rater encore, rater mieux, qui constitue notre
raison d’être à cet endroit, que l’on soit étudiant, enseignant, assistant ou membre
du personnel. La fierté de partager cette raison d’être, dire aux autres ce qu’on sait
et ce qu’on aime vient ensuite. Elle n’est pas un préalable, sans quoi elle est mécanique
et sans substance (on appelle cela la communication).

 

Alors oui, nous nous sommes rendus au Cer pour dire notre refus de siéger plus longtemps
dans une assemblée qui se jouait de nous. Nous avons rencontré le Ministère et lui avons raconté la situation vécue et perçue. Nous lui avons fait part de notre lassitude face à des discussions sans suite avec la direction, toujours apte à promettre et à brouiller, pour mieux poursuivre dans la voie autoritaire et unilatérale où elle s’est engagée. Nous avons cru être entendus et attendions une nouvelle rencontre avec notre tutelle qui soit sous le regard d’un arbitrage impartial. Nous avons rejeté le second rendez-vous de négociation proposée par lui. Pourquoi? Parce qu’il ne correspondait pas à la table ronde que nous espérions. Il s’agissait juste de parler à nouveau avec Geneviève Gallot avec un membre du Ministère se proposant de mettre de l’huile dans une discussion bloquée. Il est trop tard pour cela. Le Ministère nous proposait ce rendez-vous comme une chose nouvelle lorsque nous sommes, nous élus, après deux années de mandature, au terme de la négociation. Nous avons parfois publiquement déclaré notre désaccord avec la direction qui s’est empressée de dire sa stupéfaction et de réclamer le dialogue pour dissiper tout malentendu. Après plusieurs de ces manœuvres, nous sommes passés à l’étape suivante.

 

Nous souhaitons construire, non détruire. Il est temps de nourrir un autre dialogue
avec qui voudra bien se saisir de ce qui fait la richesse des Arts Décoratifs.

 

Pourtant le Ministère s’est inquiété de notre représentativité (élus par vous avec
une participation de 80%). La légitimité est indiscutable mais nous n’avons pas l’intention
de confisquer quoique ce soit, ni vocation à devenir des élus permanents. En revanche,
nous ne voulons pas laisser à celles et ceux qui voudront bien être au service de l’école
pendant la prochaine mandature, un bilan dont nous pourrions avoir honte.

 

Nous nous sommes alors présentés devant l’école assemblée pour dire où nous en étions
(refus de siéger au CER, analyse en cours de l’Audit, constitution d’un dossier de griefs)
et ce que nous souhaitons (fonctionnement démocratique des instances, pédagogie au centre
des préoccupations par un intérêt et une culture à jour de nos métiers, par un dialogue
loyal et de qualité).

 

Les dysfonctionnements que les élus du CER ont pu rencontrer et faire connaître ont engagé les personnels à partager leurs «expériences». Et la violence des relations avec la directrice éprouvée par certain(e)s est chose notoire que nous ne voulons pas taire. Ça n’est pas le moins important des dommages, l’irrespect des personnes. Le CER ne peut rester sourd et aveugle. Pour l’avoir vécu dans les instances et afin de pouvoir dire cette désolation, sans outrepasser nos mandats d’élus, nous avons souhaité ouvrir le cercle à des représentants du personnel administratif et technique, dont les préoccupations devaient trouver un lieu public d’expression protégée de l’autoritarisme de la direction. Cette dernière tente de discréditer le travail produit par le CER afin de poursuivre sa gestion inadmissible de notre école dans la voie désastreuse où elle s’est engagée et que le CER ne peut que dénoncer. Le CER a précisément été pensé comme un garde-fou afin de garantir une finalité pédagogique aux orientations des établissements publics à caractère administratif comme notre école. Il a pour fonction d’éviter toutes dérives vers des activités trop commerciales et des décisions iniques. Dans le contexte actuel où le ministère de la culture travaille à atteindre les objectifs de la LMD et à s’aligner sur la réforme de l’enseignement supérieur, qui donne plus d’autonomie financière et de gestion aux présidents d’université, le CER peut être considéré comme une instance à contourner, voir à supprimer. Cette question du positionnement du CER au sein de l’école est donc éminemment politique. Nous y travaillons sur le long terme, mais, dans l’immédiat, déterminés à ne pas céder du terrain sur le plan de la communication de notre représentativité et de notre objectivité, nous nous sommes engagés dans la constitution d’une coordination unie de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs pour le rétablissement:

 

du fonctionnement des instances suivant les règles démocratiques
de la pédagogie au cœur de la vie de l’école
d’un dialogue loyal
d’un climat social apaisé et authentiquement respectueux.

 

À l’issue de cette assemblée, quelques-uns parmi nous se proposent conciliants.
Qui le leur reprocherait? Certainement pas nous qui avons souhaité et mis en place
ce temps d’écoute, invitant l’ensemble de l’école à venir débattre de la situation,
et à porter un regard critique. Ce qu’a fait M.Leboucq, à bon droit. De son côté, M.Ungerer,
parmi les premiers à l’applaudimètre, a dit partager bien des analyses mais aussi
son attachement au dialogue au sein des instances. (Sans chercher la polémique,
il est néanmoins utile de rappeler pour la crédibilité de chacun, que L.Ungerer, élu du CER,
ne siège plus depuis un an. Après avoir ignoré cette instance, n’avoir participé à aucun
groupe de travail et usé de rapports plus privilégiés avec la direction, il en redécouvre,
pour notre plus grande satisfaction, les vertus au bon moment. À l’occasion de son retour,
nous lui adressons un salut de bienvenue.)

 

Chacun peut adhérer à la démarche qu’il trouve judicieuse et nous ne devons dénier
à personne la possibilité de le faire. Que d’aucuns soient favorables à la politique
et aux méthodes de G.Gallot et ne défendent pas cette politique et ces méthodes
nous semblerait même regrettable. Pareillement, et justement au sein des instances
où nous sommes élus, nous voulons faire valoir nos réflexions et exprimer nos désaccords
comme nos accords, nos différences en somme, quand nous pensons devoir le faire.
C’est une chose certainement difficile de dire sa divergence, sans fermer le débat,
sans isoler définitivement celle ou celui qui nous (pr)oppose sa vision. Une fois passées
ces difficultés nous nous croiserons tous, et devrons travailler ensemble.

 

La semaine passée, le Ministère, à qui nous avions transmis notre analyse de l’Audit
réalisé par l’Inspection, n’a pas souhaité nous associer à la réunion de restitution
de cet Audit mais nous a convié à une nouvelle réunion en présence de G.Gallot.
En cohérence, nous avons refusé cette proposition équivalente à celle de notre premier
rendez-vous. Le Ministère regrette et comprend.

 

Nous continuerons d’analyser sérieusement la situation actuelle sans nous laisser
discréditer et proposerons dans les jours qui viennent des pistes pour réorienter l’école
et travailler selon d’autres principes que ceux du fait accompli.

 

Comme toujours, mais dans un délai plus court c’est promis, nous vous tiendrons informé.

 

 

Les élus du CER(-1)


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